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La diversité culturelle de l’Ontario est l’une des caractéristiques qui distinguent et définissent la province. En 20061, 30 % des personnes âgées de plus de 18 ans vivant en Ontario, soit près de 3 millions sur une population de près de 10 millions, étaient nées hors du Canada. Fait à souligner, pour plus de la moitié des Ontariens, au moins un de leurs parents est né ailleurs qu’au Canada.
L’arrivée continue d’immigrants en Ontario transformera la composition ethnique et raciale de la province au cours des vingt prochaines années. En fait, on prévoit que d’ici 2025, 36 % de la population ontarienne aura vu le jour à l’étranger. Si l’on considère que l’on peut actuellement attribuer aux résidents de l’Ontario 75 % de toutes les visites touristiques dans la province, ce sont là des facteurs critiques pour déterminer une stratégie qui guidera le développement du tourisme dans la province. Il importe de comprendre le mouvement démographique de la province si l’on veut établir un plan d’action éclairé qui saura satisfaire aux besoins et aux désirs changeants des résidents.
L’objectif du présent rapport est d’examiner l’évolution rapide de la composition démographique de la province, de cerner les liens entre les antécédents culturels et les habitudes de voyage, et de commencer à approfondir les conséquences pour le secteur ontarien du tourisme. À cette fin, nous avons divisé les résidents de l’Ontario dans cette étude en cinq segments différents de population :
Des 3 millions de résidents ontariens qui sont nés hors du Canada, 44 % sont nés en Europe, 32 % en Asie, 15 % en Amérique centrale, aux Antilles ou en Amérique du Sud, et 9 % en Afrique, en Amérique du Nord et dans d’autres pays non compris dans ces catégories. On constate une différence significative dans la période de l’arrivée des résidents originaires d’Asie et de ceux qui sont nés en Europe de l’Ouest ou du Nord, en Australie, en Nouvelle-Zélande ou aux États-Unis. Comparativement à l’arrivée relativement récente des résidents originaires d’Asie, les résidents originaires d’EON-ANZ-ÉU sont établis depuis une période beaucoup plus longue.
Lorsqu’on les compare aux résidents ontariens nés au Canada, les résidents ontariens nés à l’étranger montrent des différences marqués sur le plan démographique. Il importe de cerner ces différences, dans la mesure où elles peuvent expliquer et prédire des différences de comportement en matière de tourisme. En cernant des facteurs démographiques clés—tels que le lieu de résidence, l’âge, le revenu et le niveau de scolarité—et leurs effets sur les habitudes de voyage, on arrive à dessiner un tableau plus détaillé et plus éclairé de chacun des segments de population nés à l’étranger. Ces facteurs fournissent alors une base permettant de définir des sous-groupes spécifiques de la population née à l’étranger et de mieux comprendre la façon de les attirer de manière plus efficace lorsqu’on veut promouvoir les voyages et le tourisme.
Voici quelques-uns des principaux attributs démographiques qui décrivent les résidents ontariens nés à l’étranger :
Habitudes de voyage des résidents nés à l’étranger
En 2004 et 2005, 84 % de tous les résidents ontariens ont fait un voyage comportant au moins une nuitée quelque part dans le monde. Les Torontois originaires d’Asie et les résidents originaires d’un pays « autre » étaient les moins susceptibles de faire un voyage avec nuitée : 76 % de ces deux sous-groupes ont fait un tel voyage. Au contraire, les résidents nés à l’étranger étaient plus susceptibles que les résidents nés au Canada de faire un voyage outre-mer. Bien sûr, un tel résultat était prévisible, puisque le désir de maintenir des liens avec leur parenté et leurs amis dans leur pays d’origine les motive à voyager outre-mer.
Au cours de la même période de deux ans, 70 % des résidents ontariens ont fait un voyage avec nuitée dans la province. Là encore, les résidents nés en Asie ou dans un pays « autre » étaient bien moins susceptibles de voyager en Ontario (55 % et 54%, respectivement).
Trente pour cent des résidents ontariens on voyagé dans le Nord de l’Ontario en 2004 ou 2005. Tous les trois segments de population immigrante étaient moins susceptibles de visiter le Nord de l’Ontario que les résidents nés au Canada. Les Torontois originaires d’Asie étaient les moins susceptibles de visiter le Nord de l’Ontario, en effet seulement 16 % l’ont fait.
Lorsque les résidents ontariens nés à l’étranger voyagent dans la province, ils font moins de voyages que les résidents nés au Canada. Ainsi, les résidents nés à l’étranger on fait une moyenne de 3,0 voyages d’agrément avec nuitée en Ontario au cours de cette période de deux ans, alors que les résidents nés au Canada en ont fait 3,6. Les résidents originaires d’Asie et les résidents nés dans un pays « autre » ont fait encore moins de voyages d’agrément dans la province que les autres résidents ontariens, soit 2,7 et 2,8 voyages respectivement.
Le pays de la naissance d’une personne semble avoir un effet important sur la fréquence des voyages avec nuitée, que ce soit en Ontario ou n’importe où dans le monde. Cependant, cet effet de l’immigration est modéré, dans la plupart des cas, par des facteurs comme l’éducation et le revenu du ménage : comme c’est le cas pour les résidents nés au Canada, à mesure que s’accroît le revenu des résidents nés à l’étranger, la fréquence des voyages augmente. Toutefois, pour tous les niveaux de revenu inférieur à 180 000 $, il existe une différence marquée entre ces deux groupes pour ce qui est de la fréquence des voyages en Ontario. Il faut en moyenne 50 000 $ de plus de revenu du ménage pour que les résidents nés à l’étranger fassent autant de voyages en Ontario que les résidents nés au Canada. Cependant, au niveau de revenu de 180 000 $ ou plus, cette différence disparaît, c’est-à-dire que la fréquence des voyages en Ontario est la même pour les résidents nés à l’étranger et nés au Canada.
Intérêt pour les activités de plein air et pour les activités culturelles et de divertissement
Trente-sept pour cent des voyageurs ontariens on manifesté un intérêt pour les activités de plein air—14 % exprimant un grand intérêt et 23 % un intérêt moyen. Les résidents nés au Canada ont exprimé un intérêt supérieur à la moyenne pour les activités de plein air, alors qu’un intérêt inférieur à la moyenne se manifestait chez tous les segments de la population immigrante. Parmi les voyageurs, les Torontois originaires d’Asie et les résidents nés dans un pays « autre » étaient les moins susceptibles de s’intéresser à des activités de plein air.
Les activités de plein air les plus populaires parmi les voyageurs ontariens étaient des activités comme la natation, le snorkeling et la plongée autonome, des activités nautiques (comme le motonautisme et le ski nautique), des activités d’observation de la faune, la pêche, la randonnée pédestre, l’escalade et les activités de canot-kayak, mais on constate certaines différences entre les divers segments de population, les plus remarquables étant celles-ci :
Trente-huit pour cent des voyageurs ontariens ont exprimé un intérêt pour les activités culturelles et de divertissement—14 % indiquant un grand intérêt et 24 % un intérêt moyen. Les segments originaires d’EON-ANZ-ÉU, RC 2eG et RC 3eG+ ont tous exprimé un intérêt supérieur à la moyenne pour les activités culturelles et de divertissement. En revanche, les segments des Torontois originaires d’Asie et des résidents nés dans un pays « autre » ont indiqué un intérêt inférieur à la moyenne dans les activités culturelles et de divertissement.
Dans l’ensemble, cependant, les voyageurs nés à l’étranger ont exprimé un plus grand intérêt pour les activités culturelles et de divertissement que pour les activités de plein air.
Les activités culturelles et de divertissements les plus populaires pour les voyageurs ontariens consistaient à magasiner et à manger dans de bons restaurants, à visiter des lieux historiques, des musées ou des galeries d’art, et de participer à des foires et des festivals. On constate cependant des préférences marquées pour certaines activités particulières dans chaque segment de population :
Les différentes préférences en matière d’activités que l’on constate parmi les segments de population nés à l’étranger mettent en lumière l’importance de reconnaître de telles différences dans le but d’optimiser le développement et le marketing de produits touristiques. C’est bien simple, à mesure que la population de l’Ontario se diversifie, il faut rajuster la combinaison des produits touristiques offerts pour tenir compte de l’évolution des tendances en matière de préférences. Les changements du côté de l’offre doivent correspondre aux changements du côté de la demande. En même temps, il est possible d’influer sur ces préférences. Par exemple, en offrant une gamme de programmes éducatifs et communautaires visant à familiariser certains segments de la population avec les produits et activités de plein air qu’offre la province, on peut arriver à surmonter l’hésitation des résidents nés à l’étranger à s’adonner à ce type d’activités. De la même façon, le manque d’intérêt relatif des résidents nés à l’étranger pour les voyages dans le Nord de l’Ontario pose un défi qu’il importe de relever par des activités d’éducation et de promotion ainsi que par des changements dans les produits offerts. En reconnaissant la diversité des préférences en matière de tourisme, de telles stratégies seraient des mesures éclairées et proactives conçues pour promouvoir de manière plus efficace les produits existants et pour en créer de nouveaux.
Avantages du séjour et attributs des destinations recherchés dans les voyages d’agrément
La plupart des voyageurs ontariens ont indiqué que les avantages les plus importants découlant d’un voyage d’agrément sont : échapper au milieu quotidien, se détendre et se libérer du stress ou renforcer leurs relations avec des proches. On constate cependant des différences parmi les divers segments de population. Comme on pouvait le prévoir, les voyageurs des groupes Torontois originaires d’Asie et résidents nés dans un pays « autre » étaient plus susceptibles de rechercher des voyages d’agrément leur permettant de maintenir et de renforcer les liens familiaux. Les voyageurs originaires d’EON-ANZ-ÉU étaient plus intéressés que tous les autres segments de population à découvrir différents lieux et cultures. Les voyageurs RC 2eG étaient plus susceptibles de choisir des voyages qui leur donnent des histoires à raconter au retour.
Lorsqu’ils choisissent une destination, les voyageurs ontariens définissent le plus souvent deux attributs comme facteurs importants : se sentir en sécurité et ne pas avoir de soucis pour la santé. Au‑delà de ces considérations universelles, les voyageurs RC 3eG+ étaient plus susceptibles d’accorder une grande importance au fait qu’une destination offre des lieux de camping, alors que les voyageurs RC 2eG cherchaient des destinations offrant une gamme de lieux d’hébergement allant des établissements à prix moyen jusqu’aux établissements de luxe. Les voyageurs originaires d’EON-ANZ-ÉU étaient plus susceptibles de chercher des destinations ayant un accès direct par avion, alors que les voyageurs nés en Asie étaient plus susceptibles de chercher des destinations offrant beaucoup d’activités pour les enfants et pour les adultes. Les voyageurs nés dans un pays « autre » étaient plus susceptibles de choisir des destinations où habitent des parents ou amis.
La population ontarienne en 2025
D’ici 2025, la population adulte de l’Ontario aura atteint 12,2 millions de personnes, soit une augmentation de 26 % par rapport à 2006. La population adulte de l’Ontario connaîtra une hausse plus rapide que celle du Canada dans son ensemble, de sorte que la proportion ontarienne de la population adulte totale du Canada passera de 39 % en 2006 à 42 % en 2025. Cette augmentation de la population adulte sera accompagnée d’autres changements démographiques importants :
Le marché du tourisme intérieur de l’Ontario en 2025
L’industrie touristique de l’Ontario devra s’adapter à l’évolution de la composition démographique et des différences qui en résulteront en matière de préférences, d’attentes et de comportement de la part des voyageurs. À mesure que la population vieillit, en même temps qu’elle comprend de plus en plus de résidents nés à l’étranger, il faut tenir compte de ces changements pour assurer la viabilité de l’industrie du tourisme et des voyages. L’industrie doit comprendre les effets de ces changements démographiques sur les marchés pour être en mesure d’établir de nouvelles priorités, cibles de clientèle et stratégies de marketing. Les projections choisies qui suivent donnent une idée de la portée des changements qui se produiront en Ontario d’ici 2025:
En 2025, l’industrie touristique de l’Ontario attirera clairement une population qui, en raison de son âge, recherchera des expériences de voyage qui ne sont pas trop ardues et qui ne sont pas axées sur la famille, mais qui sont facilement accessibles et qui mettent l’accent sur les activités culturelles et de divertissement. En même temps, la nécessité de s’adapter aux priorités de la population née à l’étranger en matière de voyage et de tourisme poussera l’industrie à reconnaître ses besoins et attentes particulières et à y répondre.
Possibilités de marketing parmi les résidents nés à l’étranger
Les différences culturelles et démographiques constatées entre les résidents nés au Canada et nés à l’étranger se manifestent également dans les habitudes de consommation médiatique.
En résumé, la population immigrante de l’Ontario a et continuera d’avoir un effet considérable sur le tourisme intérieur de la province. L’industrie ne peut pas se permettre d’attendre que ce segment de la population « se canadianise », pour ainsi dire, en ce qui concerne les habitudes de voyage. En fait, si l’on considère qu’il faut environ 40 ans aux Torontois originaires d’Asie pour adopter les mêmes habitudes que les résidents nés au Canada, il est clairement peu pratique et peu réaliste, en ce qui a trait au tourisme en Ontario, d’attendre passivement un tel changement. Si l’industrie veut intéresser ces nouveaux résidents dès maintenant, il lui faudra redéfinir à la fois ce qu’elle offre à ce segment de la population et la façon dont elle entend communiquer avec lui.
En même temps, il faut considérer dès maintenant des stratégies à long terme pour créer des produits et élargir des marchés. Par exemple, si l’on veut créer des produits de tourisme de plein air dans la province, une stratégie à envisager pour surmonter le manque d’intérêt constaté dans la communauté asiatique à cet égard pourrait consister à créer des partenariats qui permettraient à l’industrie touristique de communiquer avec les élèves dans les écoles. En encourageant les enfants à utiliser les produits liés aux activités de plein air dans la province, l’industrie pourrait modifier de manière marquée les attitudes et les préférences dans ce segment de la population à mesure qu’il vieillit. En fait, des études effectuées par le ministère du Tourisme indiquent que les Ontariens exposés aux activités de plein air dès l‘enfance restent fidèles toute leur vie aux produits ontariens de loisirs de plein air. Une telle initiative pourrait donc avoir des avantages à long terme et durables.
La profonde transformation démographique qui, selon les prévisions, aura lieu en Ontario au cours des quinze à vingt prochaines années, présente à la fois un défi de taille et une chance remarquable pour l’industrie ontarienne du tourisme et des voyages. Si elle reconnaît l’importance de cette évolution démographique, l’industrie se trouve dans la situation enviable de pouvoir prendre des décisions éclairées et d’apporter des changements judicieux. En outre, en formulant de nouvelles priorités fondées sur ces changements prévus, l’industrie a la chance de devancer et de façonner le marché émergent. Toutefois, en raison de l’évolution de la composition démographique de la province, il lui faudra adapter les « bonnes vieilles méthodes » pour communiquer avec les consommateurs et promouvoir les produits pour tenir compte de la face changeante de l’Ontario. Si on veut que les résidents de l’Ontario répondent à l’appel de l’industrie du touriste qui les invite à « découvrir l’Ontario » il faudra que l’industrie s’efforce de « découvrir les Ontariens ».
2 Lee, W. N., & Tse, D. K. (1994) Changing media consumption in a new home: Acculturation patterns among Hong Kong immigrants to Canada. Journal of Advertising 23 (1), 57-70.
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Dernière mise à jour : 17 janvier 2008